La question de la préservation de la nature et de ses droits. Philosophie et écologie. Anne Dalsuet

Nature sauvage ou nature originaire ?

La valorisation naissante de la nature : un sentiment anglais ?

  • Réagir à l'industrialisation

L'Angleterre est un terrain de choix en ce qu'elle est le premier pays industrialisé où l'on voit surgir, dès le XVIII siècle, de grandes concentrations urbaines, polluées par les usines, abritant une population misérable.

Keith Thomas commence par étudier les orthodoxies théologiques de cette période et les déplacemens qui s'y opèrent progressivement. La nature est une création de Dieu où chaque animal, végétal ou minéral, est conçu comme matériellement, esthétiquement ou moralement au service de l'être humain.

L'homme a obtenu de la main même de Dieu le droit et le devoir civilisateur de dominer et d'exploiter la nature. Sa suprématie est ainsi originellement légitimée.

  • L'évolution des rapports entre l'homme et l'animal

La question de la domestication des animaux trouve aussi un prolongement dans l'organisation sociale. Les classes populaires n'hésitent pas à revendiquer leur droit à exercer ce pouvoir sur les bêtes : ce don divin n'a-t-il pas été accordé à tous les hommes ?

Thomas souligne le fait qu'en dépit de l'exploitation brutale des animaux domestiques, les hommes peuvent entretenir avec eux des liens tout à fait intimes ou familiers et prennent conscience de leur valeur, du capital qu'ils représentent.

  • La nature est-elle aristocratique ?

Le développement urbain, la modification des conditions de vie engendrent chez les citadins, souvent à l'étroit et isolés, le sentiment d'un hiatus douloureux avec la nature, avec le monde privilégié de ceux qui peuvent y séjourner.

L'engouement esthétique des romantiques pour une nature désolée, en friche, inculte, percçue comme étant originaire, se radicalise pour devenir une attitude presque religieuse.

La déconstruction de l'anthropocentrisme débute avec l'essor d'une nouvelle forme d'histoire naturelle dont le critère de classification des plantes n'est plus fonction de leur utilité pour l'homme.

La place de l'homme au sein de la nature est alors réévaluée, sa suprématie reconsidérée : on découvre que l'existence minérale, végétale ou animale a vraisemblablement précédé celle de l'homme.

La distinction humienne entre justice et compassion

On retrouve ici la distinction théorisée par David Hume au livre II de son Traité de la nature humaine (1739-1740) à propos de la justice et de la compassion. or justice ou injustice naissent artificiellement des conventions humaines et ne sont pas dérivées de la nature. Les questions de la justice et du droit ne peuvent donc concerner que des êtres avec lesquels nous sommes susceptibles de nous associer politiquement, des êtres capables d'élaborer des raisonnements portant sur l'intérêt général, de possibles acteurs politiques.

Ils peuvent être considérés, lorsqu'ils sont domestoqués, comme une propriété sur laquelle nous avons des droits mais ne disposent pas en eux-mêmes ou par eux-mêmes de droits ou libertés juridiques.

La compassion, comme toutes les autres passions ou émotions semblables, est en effet, selon Hume, une "impression secondaire", une "impression de réflexion" qui émerge dans l'esprit comme une réaction à une sensation.

La remise en question américaine de la domination de la nature : un appel à sa préservation

La représentation américaine de la nature innove avant tout en accentuant la dimension collective du rapport des hommes à la nature. A partir des années 1830-1840, leur conception de la nature devient explicitement porteuse d'enjeux nationaux, de ce qui doit être débattu en commun et, par conséquent, doit donner lieu à des décisions politiques et juridiques.

La possibilité de reconnaître une identité nationale américaine repose désormais sur l'identification préalable de la spécificité de la wilderness , dépositaire de l'esprit de cette jeune nation.

Comme le montre Mark Sagoff en 1988 dans The Economy of the Earth, l'appel à préserver la nature... "le mouvement de la protection de la nature s'enracine dans une contre-culture mais fait tout autant appel aux mythes fondateurs à la fois religieux et politiques de la nation américaine".

en revendiquant la nature pour origine et patrimoine identitaire, les Etats-Unis s'offrent la possibilité de rompre avec l'Europe et se délester de son héritage religieux, politique et culturel.

Le mot wilderness est un symbole qui signifie la déterritorialisation, l'"originaireté", et le recommencement.

Les parcs américains : préserver ou conserver la nature ?

  • Codifier la protection de la nature

Dès 1834, la protection de la nature s'organise juridiquement et politiquement grâce à des initiatives individuelles qui conduisent à la création d'une réserve nationale des Arkansas hot Springs.

En 1872, le parc national de Yellowstone est inauguré, puis en 1885 celui des Adirondacks. En 1916, un décret du Congrès crée le National Park Service, une agence fédérale chargée de gérer parcs, monuments nationaux, réserves, lacs, littoraux, zones récréatives dans le but de conserver et de protéger des paysages, des sites naturels et historiques ainsi que la faune et la flore, afin de les transmettre intacts aux générations futures pour qu'elles puissent elles aussi en profiter comme nous l'avons fait en notre temps.

Le Wilderness Act de 1964.

L'histoire des droits de la nature dans la tradition américaine s'enracine dans la nécessité de protéger le patrimoine naturel et de préserver certains sites.

John Muir : "Aucun temple construit de la main de l'homme ne peut être comparé à Yosemite... le plus grand des temples dédiés à la nature".

  • Merveilleuse ou effroyable nature ?

Chez Burke, comme chez Kant, cette idée qualifie une esthétique de l'effroi et renvoie au sentiment qu'un spectateur peut éprouver face à une nature faite de puissance.

Emmanuel Kant, La critique de la faculté de juger, 1790, pour qui le sublime ne produit pas un sentiment de plaisir harmonieux mais d'admiration et de respect. C'est face au spectacle de la nature que l'homme peut éprouver ce sentiment de sublime. Pour lui, le sublime s'apparente davantage au merveilleux et s'articule à l'idée de la bonté de la nature.

Muir accorde une valeur religiuse à la nature élevée au rang de temple et de sanctuaire. A cette pensée héritée du romantisme américain, Muir ajoute l'idée plus novatrice d'une valeur intrinsèque de la nature qui devrait nous conduire à respecter ses droits.

  • Préserver la nature ou l'utiliser raisonnablement ?

A la conservation de la nature, Muir préfère sa préservation et argumente en faveur de sa valeur spirituelle. La ligne de paratge entre ceux qui militent pour la préservation de la nature et ceux qui défendent sa conservation trouve son origine dans l'affrontement qui oppose Muir et Ginfford Pinchot à partir de 1897. Muir et ses partisans veulent activement préserver la wilderness tandis que les seconds prônent une utilisation avisée de la nature.

Bivouaquant en 1889 dans les pariries de Toulumne, Muir constate et dénonce les ravages que les troupeaux font subir à la forêt, alors que Pinchot publie dans un journal de seattle une déclaration encourageant leurs pâturages puisque, pour lui, il ne s'agit pas de sacraliser la nature mais de l'exploiter de façon mesurée.

Or Muir reste fidèle aux principes transcendantalistes de Thoreu et Emerson : la nature ne peut faire l'objet d'une commercialisation, sa valeur est spirituelle et même intrinsèque. Son combat le conduit à défendre l'idée d'une nature qui vaut pour elle-même.

Le démocratisme de Pinchot est soutenu contre l'élitisme de Muir accusé de vouloir préserver la wilderness pour le plaisir spirituel de quelques randonneurs privilégiés.

Si les idées des "préservationsites" ne s'imposent pas à cette occasion, elles l'emportent en définitive, notamment à l'occasion du Wilderness Act de 1964 qui définit la wilderness : "... par opposition aux espaces dominés par l'homme et ses oeuvres, le présent document la désigne comme un espace où la terre et la communauté de vie ne sont pas entravées par l'homme, où l'homme lui-même n'est qu'un visiteur qui ne reste pas".

Mais en protégeant un "lieu sacré", reflet de la volonté divine, ou le miroir de la mentalité démocratique et communautaire américaine", n'est pas finalement autre chose que la nature elle-même que l'on cherche à préserver ? N'est-ce pas en définitive la valeur symbolique qu'elle reçoit à nos yeux qui motive notre souci de protection ? Ne devient-on pas prionnier d'une sacaralisation de la préservation qui ferait de la protection de la nature un processus d'embaumement, fort artificiel et finalement illusoire ?

La dénonciation de l'anthropocentrisme

Comment donc assurer la cohérence théorique du concept de valeur intrinsèque ?

Ce concept, dès lors qu'il est articulé à celui de nature, implique celle-ci soit protégée indépendamment du fait que nous lui accordions telle ou telle valeur symbolique, religieuse, spirituelle ou morale. Ne serions-nous pas sinon reconduits à défendre une position anthropocentrique ? L'homme, mesure de toute chose, déciderait aussi la valeur de la nature. C'est pourqoui la pensée de Muir, bien qu'elle condamne l'utilitarisme, reste pourtant anthropocentrique parce qu'elle célèbre l'ascension morale et religieuse que la nature favorise en l'homme.

Intrinsèque : mais c'est l'homme qui décide de cette valeur intrinsèque.

  • Rechercher l'harmonie entre l'homme et la terre

La Land ethic, "éthique de la terre", initiée par le scientifique et philosophe américain Aldo leopold (1887-1948), permet d'envisager cette problématique sous un angle nouveau.

Dans son chapitre "Ethique de la terre", au paragraphe "La conscience écologique", Leopold défend la thèse selon laquelle la "conservation de la nature est un état d'harmonie entre les hommes et la terre". le concept de communauté, toutes les éthiques élaborées jusqu'ici reposent sur un seul présupposé : que l'individu est membre d'une communauté de parties indépendantes. Léthique de la terre élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l'eau, les plantes et les animaux ou, collectivement, la terre.

L'idée de communauté biotique défendue par Leopold paticipe donc du biocentrisme - tout vivant mérite considération morale - et de l'écocentrisme - tous les êtres, humains compris, font partie de communautés biotiques génératrices de devoirs moraux.

le principe de solidarité écologique. Donc revoir l'idée de société au-délà des humains. Tous les écosystèmes sont sociaux.

Ecosystème = / Société ---- nouvelle définition de société

Ecocentrisme vs anthropocentrisme / sociocentrisme - société qui inclut toute la biocènose.

  • La wilderness comme lieu privilégié d'expériences

Sur la diversité de la nature, leopold assigne alors une nouvelle fonction à la wilderness, qui est tout autant scientifique qu'étique : ses espaces protégés deviendraient les laboratoires où nous pourrions "observer des processus que nous ne pouvons simuler artificiellement", où nous pourrions étudier les "indicateurs de base de normalité" afin de âtir une science de la santé des écosystèmes.

la majeure partie des récits de l'Almanach mettent en scène una nature transformée, profondement anthropique, dans laquelle l'homme ne se contente pas de séjourner ponctuellement. La position de Lepold à l'égard de la wilderness est complexe : celle-ci est à la fois une valeur culturelle, un espace de ressourcement et ce dont la préservation doit faire l'objet d'une vigilance militante.

La wilderness doit donc être envisagée en fonction d'un renouvellement durable. C'est un ensemble complexe dont la préservation rquiert une compréhension qui ne soit ni utilitariste ni anthropocentrique.

L'importance de la diversité biologique et culturelle et pourtant sociale comme l'ensemble de deux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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